Qui sont nos leaders politiques?

Par Paulson PIERRE-PHILIPPE

Les présidentielles haïtiennes sont officiellement lancées… ou du moins sont annoncées. Tenant compte de l’incertitude persistante qui plane sur le processus, bien malin serait celui qui se prononcerait avec assurance sur le futur de ces joutes électorales.  Des joutes déterminantes pour le pays, tant les enjeux sont d’importance et la conjoncture préoccupante. Dans cet amas d’incertitudes et d’incompréhensions les pronostics les plus farfelus se font entendre. Rien d’étonnant, vu le nombre de plus en plus croissant d’analystes politiques « autoproclamés » ou autres faiseurs d’opinions improvisés se prononçant sur la question. Pourtant, il semble que dans ce besoin incontrôlé de s’exhiber sur le sujet, on aurait négligé certains essentiels.

Il est rationnel de comprendre que l’information est un élément fondamental pour se faire une opinion qui, elle même, détermine nécessairement les attitudes. Fort de cette compréhension, il est indéniable que les médias (c’est-à-dire l’ensemble des moyens de diffusion de l’information) ont une influence importante sur les élections d’un pays et contribuent forcément à la perception générale que l’on aura sur le processus électoral. Plus important encore, les médias ont des responsabilités cruciales et des obligations d’ordre professionnelles dans le déroulement dudit processus. Mis à part les rôles d’informer les citoyens sur le déroulement général des élections et de témoigner si elles sont réellement libres et équitables, le rôle le plus important qui les incombe est celui d’informer, voire de former, les électeurs sur les choix qui sont à leur disposition.

Les électeurs ont le droit de savoir quelles sont les différentes options qui s’offrent à eux en termes de programmes et solutions proposés par les candidats aux nombreuses problématiques auxquelles ils sont confrontés. Ils ont surtout besoin de s’informer sur les leaders et les responsables de partis politiques, s’informer sur leur vision et, cela va de soi, connaître leurs parcours, leurs antécédents pour déterminer qui ils sont en réalité. Cela suppose qu’au delà de la simple responsabilité d’informer, les médias, les journalistes en particulier, ont surtout le devoir d’éduquer les électeurs de manière à ce que ces derniers soient adéquatement outillés lorsqu’ils feront leur choix par le vote. Beaucoup plus qu’un simple travail de diffusion de l’information, cela implique également un travail de recherche, voire même d’enquête approfondie dans certains cas.

Dans une publication du 10 septembre 2015, le Miami Herald fait mention d’un candidat aux élections législatives haïtiennes qui a déjà été reconnu coupable et condamné pour trafic de stupéfiants aux Etats-Unis. Cela remet sur la table l’épineux et controversé sujet de l’identité réelle de nos candidats et de nos leaders politiques. Ailleurs, c’aurait été un scandale! Ici, ce n’est qu’un cas parmi d’autres. Plusieurs organismes de droits humains questionnent la moralité et le passé criminel de nombreux candidats participant aux présentes élections. Ils remettent en cause aussi la capacité même du conseil électoral à faire appliquer les lois régissant le processus électoral qui, en principe, devraient maintenir à l’écart des joutes tout prétendant détenant un casier judicaire. Il faut croire que les mailles du filet du CEP sont plutôt grands. On est bien obligé de supposer que la liste des candidats préalablement agréés par le CEP contient probablement d’autres éléments du même acabit que celui pointé par le Miami Herald. Certains diront que ce n’est que coutume car nous avons même déjà vu des élus au passé nébuleux briguer d’importantes et prestigieuses fonctions dans ce pays. Ce travail de scrutation et de « fouye zo nan kalalou » (permettez le créolisme) sur nos leaders politiques n’est-il pas justement la responsabilité primordiale qui incombe aux médias? Alors, posons nous tout bonnement la question : qui sont nos leaders politiques? Sont-ils réellement ce qu’ils prétendent être? Qui sont-ils vraiment ?

A défaut de pouvoir répondre dans l’immédiat à ces interrogations, nos médias devraient au moins tenter de comprendre et faire comprendre aux citoyens ce que devrait être le profil idéal d’un bon leader politique. Beaucoup plus que les critères généraux d’éligibilité retenus par la loi électorale, les candidats qui affronteront l’électorat haïtien pour les différentes fonctions électives devraient pouvoir aussi être en mesure de convaincre par leur personnalité, leur parcours, leurs réalisations, leurs projets de société ou leurs programmes de gouvernance. Nous avons la démocratie comme forme de gouvernance, soit! Cependant, les modèles démocratiques ont cette particularité où, lorsque tous les candidats sont placés dans les mêmes conditions de compétition, la campagne électorale se révèle alors être l’exercice le plus intéressant, qui permet de jauger le degré de maturité d’un peuple pour prendre en main sa destinée. En tant que nation, sommes-nous aujourd’hui assez informés et assez matures pour faire ces choix de manière judicieuse et responsable? Autant de questionnements témoignant de la complexité des élections de 2016 qui s’annoncent pour le moindre pleines de rebondissements.

En tant que citoyens, nous ne pourrons certainement pas, ni ici ni aujourd’hui, colmater toutes les brèches sociales et palier aux nombreuses défaillances de gouvernance que nous trainons depuis de nombreuses décennies. Cependant, même au risque de s’attirer la foudre de certains candidats, les médias et, plus largement, les organisations de la société civile, ont malgré tout la responsabilité de mettre les électeurs en garde contre des choix qui risquent de compromettre pour longtemps encore l’avenir du pays, en perpétuant les crises de légitimité, en accentuant les inégalités sociales et en fragilisant la cohésion nationale.

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Je dis « FOUTAISE » à l’auteur de cet article…D’emblée les jeux sont faussés, ceux qui financent les élections en Haiti sont les maitres du jeux qui nous donnent la démocratie comme sucette à la menthe; l’illusion de la démocratie par le biais des élections…Le CEP, vaste conseil mafieux à la solde des bailleurs de fonds, ceux qui ont écrit un statu quo testamentaire pour notre pays… Comment peut-on se faire financer les élections et prétendre à la liberté du vote démocratique ? Il serait temps de sortir du rêve…Sommes-nous à ce point aveugles, niais et têtus ?

LAISSER UN COMMENTAIRE

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s