Haïti: Max Beauvoir, le chef suprême du vaudou est décédé

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Max Beauvoir a fait connaître le vaudou aux étrangers en leur ouvrant son temple lors des principales cérémonies.

Max Gesner Beauvoir, chef suprême de la religion vaudou, est décédé samedi après-midi à Port-au-Prince à l’âge de 79 ans, ont indiqué ses proches.

Le biochimiste de formation avait été le premier à être nommé «Ati», ou «guide spirituel» du vaudou, en 2008. Un titre pour défendre la religion et lutter contre l’image néfaste véhiculée en occident par Hollywood, entre autres, (les poupées plantées d’épingles, les sorciers et les zombis.)

Le vaudou a aussi souvent été la cible des attaques des pasteurs des sectes évangélistes.

Démonisé par les uns, caricaturé par les autres, le vaudou haïtien a longtemps vécu dans l’ombre, à l’abri de la discrimination. Depuis quelques années, Max Beauvoir s’est inscrit dans un courant réformateur du vaudou, cette forme de spiritualité haïtienne. Il a fait du vaudou une vraie institution, reconnu en 2003 comme religion à part entière par arrêté présidentiel par l’ancien président haïtien Jean-Bertrand Aristide.

Combattant les clichés, Max Beauvoir a travaillé à faire connaître le vaudou aux étrangers en ouvrant son temple lors des principales cérémonies.

Dans son autobiographie, l’ancien président américain Bill Clinton consacre quelques bonnes parties à Haïti. Il raconte sa découverte du pays, son premier voyage, sa gestion du dossier haïtien à la maison blanche, étale ses connaissances du vaudou et livre ses appréciations sur la manière dont les Haïtiens y rencontrent Dieu.

Bill Clinton écrit que, le jour le plus intéressant de son voyage en Haïti (sa lune de miel passée à Port-au-Prince en 1975) est venu, quand Hillary sa femme et David Edwards, son ami qui lui a invité, ont eu la chance d’assister avec lui à une cérémonie vaudou dans un village près de Port-au-Prince. Le prêtre de la cérémonie était Max Beauvoir, un ancien ingénieur chimiste qui avait étudié à la Sorbonne à Paris.

Le mot Vaudou 

Le vaudou (ou vodou, ou vodoun) vient du Fon langage parlé par les communautés du Royaume de Dahomey, ancien royaume africain situé dans le sud-ouest de l’actuel Bénin entre le xviie siècle et la fin du xixe siècle. Né dans la clandestinité et, dans sa prime enfance, religion des esclaves noirs importés d’Afrique, le vaudou intégra des éléments des religions africaines avec le culte des saints dans la religion catholique (les saints équivalents aux Lwas ou Loas, sont aussi appelés «les Mystères» ou «les Invisibles»).

Le vaudou joua un rôle primordial dans le combat quotidien que menait l’esclave transplanté d’Afrique pour conserver non seulement sa santé mentale dans un système, à tous les égards, déshumanisant, mais aussi et surtout pour rester connecter avec sa terre ancestrale. Sa pratique considérée subversive par le colon, devrait donc se faire dans la clandestinité. Plus tard, il devint le catalyseur dans l’organisation des révoltes contre les Français esclavagistes.

Les historiens reconnaissent que la cérémonie du Bois-Caïman dans la nuit du 21 au 22 Août 1791 marqua le début de l’insurrection des esclaves de Saint-Domingue contre les barbares esclavagistes, racistes et colonialistes qui ont ensanglanté Haïti depuis des siècles.

Le vaudou se retrouve donc sous différentes formes à Cuba, en Haïti, au Brésil ou encore aux États-Unis, en Louisiane surtout. Il s’est aussi répandu en Afrique du Nord, où il se retrouve sous différentes formes, dont la plus connue est le Gnawa au Maroc et en Algérie, mélangé au folklore religieux arabo-musulman. Le culte vaudou compte environ 50 millions de pratiquants dans le monde. Au début du xxie siècle, le vaudou s’étend également au Canada où de nombreuses communautés ont vu le jour. Canada.

Avec plus de 300 objets issus de la Collection Lehmann, le Musée canadien des civilisations, a accueilli pour la première fois à Gatineau de novembre 2012 à février 2014 L’exposition Vodou. Reconnue comme l’une des plus importantes au monde sur le vodou, notamment exposée dans plusieurs institutions muséales d’Europe.

Il existe un musée du vaudou à Essen en Allemagne et à Strasbourg en France.

Persécutions et protections

Jusqu’au mois d’avril 2003 quand l’arrêté du gouvernement d’Aristide le déclara « religion à part entière », le vaudou ne jouissait d’aucune reconnaissance légale. Plusieurs gouvernements ont essayé d’interdire sa pratique. Il fut l’objet de persécutions ouvertes et officielles pendant la fameuse campagne anti-superstitieuse sous le gouvernement d’Elie Lescot, ou sournoises après la chute du gouvernement de Jean-Claude Duvalier et, sur une base presque quotidienne, par des ministres des cultes reformés.

En 2011, les vaudouisant, dans certaines régions d’Haïti, furent accusés par des évangélistes d’être les agents de propagation du choléra. Certains furent assassinés, même quand des chercheurs de l’Université Yale affirment dans une étude que les Casques bleus Népalais de la force onusienne venu installer en Haïti ont apporté du Népal la source du choléra qui fait rage au pays.

Pendant l’occupation américaine, la machine de propagande de l’occupant fit du vaudou un soit-disant «obstacle à la civilisation» et un champ où s’épanouit le démon¹; une thèse qui sera reprise par Pierre Pluchon presqu’à la fin du 20è siècle, en y ajoutant l’élément perversion².

N’empêche que les vaudouisants n’avaient cure de ces dangers ou des critiques, et continuaient de pratiquer leur culte en privé ou publiquement dans leurs woufò, les lieux sacrés et lors des fêtes propres. Alors que d’autres, pratiquants ou non, le célébraient à travers des expressions culturelles comme les danses folkloriques, la musique dite « racine ». Certains gouvernements l’utilisaient même à des fins purement politiques.

Pendant cette même période et tout au cours du 20è siècle, le vaudou fut l’objet d’études ethnographiques très avancées, certaines décrivant un système théologique extrêmement complexe. Les arguments et les recherches des académiciens ne changèrent pourtant pas, jusqu’à aujourd’hui, la perception de ses détracteurs.

L’arrêté du 4 Avril ne vint donc qu’entériner cette pratique religieuse, jusque là clandestine, en la plaçant sous la protection des lois et institutions du pays au même titre que toutes les autres religions.

  1. Voir le livre de William Buehler Seabrook, Voodoo Island : first eye-witness account of the secret rites of Voodoo (New York : Lancer Books, [©1929]) traduit plus tard en français sous le titre de Ile magique (Paris : Firmin-Didot, 1929).
  2. Pluchon, Pierre. Vaudou, sorciers, empoisonneurs : de Saint-Domingue à Haïti. Paris : Karthala, 1987.

7 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. muntu dit :

    Que les Ancêtres veuillent bien accueillir ce baobab qui vient de tomber vers eux. Repose en paix, notre Ati bien aimé, nous poursuivrons ta tâche avec enthousiasme !

    1. Bernard GNANTONNOU dit :

      Toutes nos condoléances. Vous voudriez bien nous faire parvenir votre adresse postale. Hounongan Baogoun Hounnasin, Président de la Communauté Béninoise du Culte vodou; Président de l’Organisation Africaine du Culte Vodou.
      Merci

  2. jesaistout dit :

    Le vaudou est toujours une religion pratiquée au Bénin, pays qui est et demeure le père du vaudou. Dire que Max Beauvoir est le chef suprême du vaudou n’est peut-être pas faux, mais il faut le limiter au contexte haïtien. Puisqu’au Bénin il ya aussi un chef suprême.
    Dernière chose, ne pas citer le bénin parmi les pays pratiquant le vaudou est une erreur monumentale

    1. Dans le texte: «Le vaudou (ou vodou, ou vodoun) vient du Fon langage parlé par les communautés du Royaume de Dahomey, ancien royaume africain situé dans le sud-ouest de l’actuel Bénin entre le xviie siècle et la fin du xixe siècle.»

      1. GNANTONNOU Bernard dit :

        Monsieur,Voici une lettre du SARE au Bénin.

  3. outlorz dit :

    Le vaudou est toujours une religion pratiquée au Bénin, pays qui est et demeure le père du vaudou. Dire que Max Beauvoir est le chef suprême du vaudou n’est peut-être pas faux, mais il faut le limiter au contexte haïtien. Puisqu’au Bénin il ya aussi un chef suprême.
    Dernière chose, ne pas citer le bénin parmi les pays pratiquant le vaudou est une erreur monumentale

    1. GNANTONNOU Bernard dit :

      Monsieur, Voici une lettre du Présent de la Communauté Nationale du Culte Vodoun du Bénin. Prière de la transmettre à qui de droit et d’accuser réception.Vive le Vodoun , vive le Bénin

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