Hollande en Haïti : aller au-delà du symbole

French President Francois Hollande (L) welcomes his Haitian counterpart Michel Martelly (R) prior to a meeting at the Elysee palace on February 21, 2014 in Paris. AFP PHOTO/ ALAIN JOCARD        (Photo credit should read ALAIN JOCARD/AFP/Getty Images)
Le président Français Francois Hollande (G) et le président Haïtien Michel Martelly (D) 21 Fevrier 2014 à Paris. AFP PHOTO/ ALAIN JOCARD (Photo credit should read ALAIN JOCARD/AFP/Getty Images)
Auteurs :

Louis-Philippe DALEMBERT
Yanick LAHENS
Gary VICTOR
Roody EDMÉ

LibérationTRIBUNE LIBÉRATION  La visite du président François Hollande en Haïti, le 12 mai, peut être l’occasion pour les deux pays de redéfinir des relations jusqu’ici empreintes de bonne volonté, mais grevées de malentendus historiques. A condition toutefois que des deux côtés l’on veuille bien dépasser le rituel des habituelles «messes» diplomatiques où la langue de bois ne fait que masquer des promesses sans avenir.

Cette visite peut marquer un tournant dans les rapports entre deux nations au passé meurtri par une histoire sans concessions. Et si ce 12 mai, face à la statue de Toussaint-Louverture au Champ de Mars, le président Hollande osait enfin baliser les chemins de cette mémoire française qui est mémoire commune, et soulever publiquement le voile pudique jeté sur un passé difficile à assumer ? Ce rejet du déni aura deux avantages. D’une part, il aidera à saisir enfin que Haïti est une matrice des relations Nord-Sud et, qu’à ce titre, peut aider à mieux appréhender les problèmes migratoires actuels et les enjeux et problématiques de fond de la mondialisation. Et d’autre part, ce dépassement du déni fera comprendre qu’à ce devoir de mémoire est attaché un devoir d’actions.

Il serait souhaitable aussi que Haïti expose, sans fausse pudeur, ses atouts et ses faiblesses, qu’il dise clairement sa volonté de prendre en main son destin, loin du discours victimaire, mais néanmoins dans l’expression nette et claire de la vérité historique.

Haïti n’est ni l’Enfer de Dante ni une carte postale. Il est une terre accueillante et chaleureuse qui décline avec une extraordinaire capacité de survie l’humaine condition. Et ce pays a su, tout au long du XIXe siècle, inventer une culture nourrie de trois grands souffles, celui de l’Afrique, de l’Europe et des Amérindiens. Les œuvres récemment exposées au Grand Palais à Paris en ont été la preuve. De même que la production en langue française de ces écrivains, adossée à un patrimoine qui remonte à la fin du XVIIIe siècle, est une des constructions les plus vivifiantes de la diversité et de la force de la francophonie.

Mais le relèvement de Haïti passera d’abord par la prise de conscience par ses élites politiques et économiques qu’elles ont perdu trop de temps à jouer à la roulette russe et au poker menteur, et qu’elles ne sauraient continuer à se dérober face à leurs responsabilités devant l’histoire. Ce relèvement appelle aussi à un vaste changement de paradigme dans la coopération internationale afin qu’elle se révèle véritable, engagée et non point de surface. Et est-il superflu de rappeler que souvent les résultats de la coopération sont aussi à l’image de la gouvernance locale ?

Pour en revenir au devoir d’actions de la France, il se doit de commencer en terre française. Est-il normal, quand on sait l’importance économique, notamment au XVIIe siècle, de la colonie française de Saint-Domingue pour la métropole, qu’il n’ait jamais existé dans l’Hexagone l’équivalent d’un Cercle d’études haïtiennes qui puisse mettre en lumière les archives coloniales, revisiter ce pan d’histoire commune trop longtemps occulté et mieux penser les nuances et facettes de l’altérité ? Combien de Français savent que Napoléon a mandaté son beau-frère, le général Leclerc, pour rétablir, sans succès, l’esclavage à Saint-Domingue, précipitant malgré lui la guerre de libération en 1804 ? Combien de Français savent, hors des clichés tenaces, ce qu’a été le XIXe siècle haïtien ? Combien de Français savent que des Haïtiens ont participé, aux côtés de la France, aux deux grandes guerres du XXe siècle. Combien de Français savent que Philippe Kieffer, commandant des bérets verts, la seule unité française du débarquement de Normandie, est né de père alsacien et de mère haïtienne, en Haïti, pays d’où il est parti pour cette bataille de libération à l’âge de 40 ans ?

Le président Hollande peut faire du discours de Port-au-Prince un point de départ pour un renforcement de la coopération dans des domaines plus que stratégiques pour Haïti comme pour la France : l’éducation dont les voyants sont au rouge, l’environnement en état d’urgence, secteur dans lequel la France veut affirmer son leadership mondial, la coopération scientifique et technique, qui peut faire la différence pour une jeunesse avide de savoir et si souvent démunie, l’agro-industrie, qui peut permettre la mise en valeur de filières novatrices et rentables, le renforcement institutionnel, la reconstruction (infrastructures routières, immobilières), un tourisme alternatif, seul capable de s’inscrire dans du durable et de faire connaître les atouts de Haïti. Souhaitons que ce court voyage, après deux siècles de relations mitigées entre les deux pays, marque un tournant qui aille au-delà du symbolique.

PS: Article co-signé par Louis-Philippe DALEMBERT, Yanick LAHENS, Gary VICTOR et Roody EDMÉ. Paru le 7 mai 2015, pour la première fois, dans la tribune de Libération.


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